Santé Publique

La santé n'est pas une marchandise

Pour les néolibéraux qui inspirent nos gouvernements d'hier et d'aujourd'hui, seul le marché libre où chacun achète selon ses moyens permet d’assurer l’adéquation entre l’offre et la demande solvable, et seule la concurrence permet d’obtenir la qualité au moindre coût. Quant à la productivité des professionnels, elle ne peut être stimulée que par l’intéressement financier et la précarisation de l’emploi.

La santé est un droit de l'Homme, non une marchandise. Ce droit fondamental est consacré en droit interne par l'article L.1110-1 du code de la santé publique : " Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en oeuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne.  "Le droit constitutionnel français proclame également ce droit de façon très explicite : " La Nation (...) garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs." La France reconnaît donc à toute personne le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mental qu’elle soit capable d’atteindre, ainsi que son droit à la sécurité sociale, dont les assurances sociales. 

L'Etat a l'obligation positive de garantir l'effectivité des droits de l'Homme.

Une obligation positive signifie qu'il appartient à l'Etat, non pas d e réduire les droits pour des motifs économiques, mais de trouver les ressources financières pour garantir les moyens nécessaires à l'effectivité des droits garantis.

 Le droit à la santé pour tous exige la mise en œuvre d’une réelle politique de santé publique et des mesures concrètes, positives, afin de réintégrer les plus exclus dans le parcours de soins global et de garantir un accès à des soins de même qualité pour un état de santé comparable

Au nom d’une soi-disant “rationalisation des coûts", les logiques organisationnelles aujourd’hui à l’œuvre au sein des hôpitaux, contribuent à aggraver l’exploitation des corps et à dégrader de manière profonde la santé des "hospitaliers". Or, la Santé, et donc celle de nos équipes soignantes, n'a pas de prix.

Puisque la santé n'est pas une marchandise, il est impératif de redéfinir une carte hospitalière, planifiant le secteur libéral et respectant l'égalité territoriale.

Numerus clausus

En 1970, une limite quantitative d'étudiants en médecine a été instaurée par un concours et des examens très sélectifs. 90 % des étudiants étaient ainsi éliminés, au profit du corporatisme médical qui craignait une mise en concurrence, donc une perte de revenus. Déjà à l'oeuvre, le néolibéralisme s'en satisfaisait par une offre restrictive des soins. Les déserts médicaux s'étendent et l'hôpital

De nos jours, quatre filières de santé de la Première Année Commune des Etudes de Santé (PACES) sont soumises au numerus clausus. Il est défini chaque année conjointement par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le ministère de la Santé, et réparti entre les universités en fonction des capacités de formations.

Actuellement, il est le suivant :

  • Médecine : 7497 (+5)
  • Pharmacie : 3097 (+2)
  • Sage-femme : 1011 (-2)
  • Dentaire : 1198 (+1)

Ce numerus clausus ne profite qu'aux enfants de riches, c'est-à-dire à la reproduction sociale. Elle est bien plus nette encore par l'admission en école prpéparatoire. Les déserts médicaux s'étendent et l'hôpital public fait appel médecins étrangers !  Les étudiants candidats aux études de médecine sont tous excellents, même ceux qui échouent après deux ou trois années de préparation. D'un fils de riche à une fille de pauvre ne différent que les conditions matérielles et financières des études

Aussi, cette sélection par l'argent sera abandonnée et remplacée par une sélection continue, que pratiquent la Belgique, l'Allemagne, la Roumanie. 

La vieillessse n'est pas une maladie,
Que ce soit dans une maison de retraite ou à domicile 

noémie adam-cuvillier

Le troisième et le quatrième âge ne sont que des termes économiques.

Une politique municipale en faveur du troisième âge et quatrième êge se doit d'aborder les problèmes impliquant l'être humain dans sa complexité physique, psychique et sociale. Les supports médico- sociaux (gérontologie - gériatrie) à sa réalisation n'en seront que plus efficaces.

Si la gériatrie doit s'occuper de la santé des personnes âgées à tous points de vue (prévention, traitement, réadaptation, surveillance continue) ; la gérontologie n'est que l'étude scientifique de tous les aspects du vieillissement (d'ordre sanitaire, sociologique, économique, comportementaux et autres).

Le vieillissement de l'individu n'est pas seulement un fait biologique : il dépend aussi de la vie active, du niveau matériel d'existence et du degré d'instruction. En ce sens, la vieillesse n'est pas une maladie, car les états dont se plaignent les personnes âgées sont des états pathologiques à proprement parler, et non des manifestations de l'âge.

Sur le plan strictement médical, on ne saurait reconnaître de différences fondamentales entre vieillards et adultes, mais un certain nombre de nuances s'imposent. Il est surtout particulièrement important de s'attacher à discerner les faits qui ajoutent au vieillisement, l'accélèrent ou en aggravent les effets ; ce sont les " facteurs de surcroît ". Le vieillissement par surcroît est la conséquence des maladies surajoutées au cours de l'existence, telle l'artériosclérose. Ainsi,la surveillance médicale continue des personnes âgées passe par la prise en considération de leur passé pathologique.

Là aussi, la thérapeutique non médicamenteuse consiste à porter attention à tout ce qui peut préserver l'activité et l'autonomie de la personne âgée. Des mesures à visée préventive doivent être envisagées par la direction d'une résidence et les résidents, car rien de positif ne se fera sans leur participation facultative. Le club d'activités sera peut-être une formule à revoir avec les intéressés.

J'ai écrit : personne âgée au singulier, en raison de son incomparabilité, qui est le propre de tout individu. Selon son groupe d'appartenance et son groupe de référence, la personne âgée aura des comportements différents. C'est une des raisons pour lesquelles je refuse les idées tendant à intégrer et adapter des personnes âgées dans une institution qui aurait les règles et les usages d'une micro-société, tout en se réclamant de l'autonomie. Ce point doit être clair. Les comportements des personnes âgées ne peuvent en aucune façon être ajustés aux attentes des directions des Maison de retraites ou des Résidence pour Personnes Agées. On leur évitera ainsi l'apprentissage d'une vie clandestine et des rôles grâce auxquels ils pourraient résister à certaines demandes de la direction de la résidence. De plus, une institution n'échappe pas, en tant qu'organisation, à la logique de notre système qui nous est imposée comme l'air que nous respirons. Dans ce contexte, une institution ne peut être qu'un microscome social reflétant les rapports sociaux de la société globale.

On ne peut pas ignorer les aspirations des seniors (dont je suis) à vivre " à l'heure de leur temps" , en refusant une charité qui s'exprimerait en termes d'assistance de la population "active". Les personnes âgées sont parfaitement capables de prendre en mains leurs propres affaires, d'organiser leurs clubs, des voyages, une vie sociale et politique dans leur commune.

Si chacun d'entre eux expérimente ses problèmes isolément, ils possèdent des droits acquis collectivement que tente de leur soustraire une certaine idéologie plus soucieuse de les confiner dans un statut qui serait " en marge de la vraie vie" que de dénoncer leurs ressources insuffisantes et leurs conditions de logement inadaptées à leur spécificité, voire insalubres.

Cette contradiction entre leurs besoins et aspirations et les moyens matériels de les satisfaire ne pourra être résolue, globalement, qu'avec une prise de conscience qui, en leur reconnaissant le droit à une existence normale et décente, envisagerait une politique de la vieillesse sous toutes ses dimensions.

En partant du principe que les réactions des individus à l'égard de la vie collective sont différentes du fait que leur mode de vie est variable, les enquêtes menées pour déterminer les besoins des personnes âgées en matière de logement arrivent toutes aux conclusions suivantes, apparemment difficiles à concilier :

- l'une, que les personnes âgées doivent se sentir chez elles, entouréesde leurs objets personnels et garder leurs attaches affectives,

- l'autre, qu'elles doivent vivre dans des logements spécialement adaptés à leurs besoins.

Une Maison de Retraite ne peut donc qu'avoir une finalité de service public, en répondant à la demande des services qui lui est adressée.

L’âgisme : une discrimination qui dérange ?

Médecine du travail

Une médecine du travail en miettes :

Il y a seulement 5 700 médecins du travail en France, pour 25,8 millions d'actifs. Le ministère de la Santé prévoit d’ici à 2030 une baisse de 62 % des effectifs, en raison l’âge moyen des praticiens et du manque de renouvellement. Chaque médecin gère donc près de 3 500 dossiers de salariés en moyenne. Le ressenti des salariés à leur égard est souvent mitigé : nombre d’entre eux ignorent le lien exact qui unit médecins et employeurs, se moquent d’une visite réduite généralement à sa portion congrue, et qui leur semble protocolaire et déconnectée de leurs préoccupations professionnelles. 
 
La santé au travail est une question de santé publique.

  • L'employeur a une obligation de résultat en matière de santé et de sécurité du travailleur selon la Cour de cassation (Soc 21 juin 2006 n° 05-43.914) et le droit de l'Union européenne (Directive CEE n° 89/391 du 12 juin 1989) : " l'employeur est tenu envers ses salariés d'une obligation de sécurité de résultat en matière de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs dans l'entreprise, notamment en matière de harcèlement moral ".

  • Le droit à la santé est aussu un droit social qui protège la collectivité des risques de maladies et d'accident et de leurs conséquences, y compris économiques et financières. Le droit à la santé du travailleur est aussi une garantie essentielle pour la collectivité de ne pas être exposée à des risques industriels.
Or, chaque semaine qui passe voit se multiplier les attaques du patronat et du gouvernement contre les droits sociaux, en particulier en matière de santé au travail. Pourtant, la situation est alarmante : au nom d’une soi-disant “rationalisation” des coûts, les logiques organisationnelles aujourd’hui à l’œuvre au sein des entreprises, dans l’industrie comme dans les services, dans le secteur privé comme dans le public, contribuent à aggraver l’exploitation des corps et à dégrader de manière profonde la santé de nombreux travailleurs

Résumer la situation actuelle à une crise de l’emploi revient à dissimuler ces autres dérives de notre système productif. Mais, certaines des mesures récemment adoptées, comme plusieurs de celles qu’envisagent aujourd’hui le gouvernement ou les organisations patronales vont plus loin : un à un, les différents acteurs de la chaîne de prévention voient leurs prérogatives ou leur marge d’action se réduire et, avec elles, ce sont les instruments de la prévention des risques et de la protection des salariés qui se trouvent remis en cause.

Lourdes menances sur les urgences

L’histoire se répète, avec les mêmes méthodes, le même cynisme et le même mépris des usagers et des professionnels de santé.

Comme pour les maternités ou les services de chirurgies, elle commence par un rapport ou une étude émanant d’une personne ou d’un groupe de personnes soit disant qualifiées, jeté en pâture aux hospitaliers, aux élus locaux et à la population.

Le critère servant d’argument et de prétexte est le même : le niveau d’activité pris en compte à un moment donné est inférieur à un seuil fixé arbitrairement de façon à atteindre les cibles que le ministère a préalablement définies : 300 accouchements par an pour les maternités, 1000 actes par an et par praticien en chirurgie, et aujourd’hui 10 000 passages par an pour un service d’accueil des urgences.

Le but poursuivi est le même. Par cette opération de communication, qui sera largement relayée ultérieurement, il faut faire entrer dans l’inconscient collectif l’idée que ces structures présentent une tare majeure qui n’a d’autre issue que leur fermeture.

Les effets induits sont les mêmes. Malgré les démentis ministériels qui suivent systématiquement la présentation de ces rapports, le doute s’instaure. Le maintien des services qui y sont mentionnés apparaît comme incertain. Face à la perspective d’une fermeture plus ou moins proche, les praticiens s’en détournent. Faute d’un effectif médical suffisant et stable, les conditions de fonctionnement se dégradent, provocant en retour unefuite accrue de patients, une baisse de l’activité, une diminution des recettes qui en résultent via la T2A, des déséquilibres financiers et une perte d’attractivité qui fragilisent tout l’hôpital.

L’arbitraire est le même. Les soignants, les élus et les usagers sont systématiquement exclus. Au mieux, en application des dispositions de la loi « Bachelot » auxquelles le projet de loi Santé n’apporte aucune modification, ils sont consultés pour émettre un avis que personne n’est tenu de prendre en compte.


La méthode est la même. Elle consiste, soit disant au nom de l’intérêt général, à proposer une alternative, en remplacement du service fermé : un centre périnatal de proximité à la place d’une maternité, de la chirurgie ambulatoire à la place de la chirurgie de plein exercice, l’accueil de soins non programmés pour les urgences. Ces services de substitution ne fournissent pas les mêmes prestations que ceux qu’ils sont censés remplacer d’où, à nouveau, un recul des praticiens, des fuites de patients, des baisses d’activité et de recettes, des atteintes à l’image et à l’attractivité de l’hôpital qui aboutissent parfois à leur fermeture.

Il s’agit, une fois de plus, d’une entreprise délibérée de laminage du service public hospitalier initiée par le ministère de la Santé, qui accentuera la désertification médicale et les inégalités d’accès aux soins et va, de façon scandaleuse, à l’encontre de la promesse que le Président Hollande a faite à Dijon le 11 mars 2013 : " L'hôpital public, en liaison avec les médecins de villes, doit assurer l'accueil en urgence dans un délai qui ne peut excéder trente minutes ".

Le remplacement d’un service d’accueil des urgences par un service d’accueil des soins non programmés fait disparaître l’obligation de disposer d’urgentistes et la contrainte d’une ouverture 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Pour les populations concernées, il aboutit inexorablement à des temps d’accès plus longs pour les soins appropriés à leur état, à des frais de déplacement accrus, à des pertes de chances induisant une augmentation du nombre de séquelles et de morts évitables et à une mise en danger de la vie d’autrui.

Une fois de plus, la Coordination Nationale dénonce les orientations et les méthodes de cette politique de santé, maintient son exigence d’un service public de santé doté des moyens techniques, financiers et humains lui permettant d’assurer un accès aux soins pour tous sur tout le territoire et appelle à la résistance face à ces menaces scandaleuses et iniques.
La santé humaniste et solidaire pour laquelle nous militons ne peut se réduire à des questions de flux ou de pénurie de professionnels.


Le 6 septembre 2015


COORDINATION NATIONALE
des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de proximité 


Désengagementde l'Etat social

Le désengagement progressif de l’assurance maladie obligatoire dans le financement des soins courants frappe durement le peuple, plus particulièrement les personnes démunies. Ainsi, l’augmentation du reste à charge constitue une barrière financière qui empêche l’égal accès de tous aux soins. Les populations les plus précaires ne peuvent se soigner qu'au travers des urgences de l'hôpital public !

Sécu et Cades

La Sécu a été créée avec la grande ambition d'instaurer la solidarité pour permettre à chacun de se soigner. En 1995, cette solidarité prit une drôle de direction avec la création, par Juppé, de la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades).
En effet, depuis ce sont les générations à venir qui sont obligées d'être solidaires dans le futur de nos "excessives" dépenses actuelles.
A la création de cette Caisse, la dette à rembourser (grâce à la CRDS et à une partie de la CSG) se montait à 35 milliards d'euros. En 2015, on en était à 127 milliards. La Sécu a accumulé un déficit de trésorerie de 32,5 milliards.

Quid de la santé 
au travail ?

Chaque semaine qui passe voit se multiplier les attaques du patronat et du gouvernement contre les droits sociaux, en particulier en matière de santé au travail. Pourtant, la situation est alarmante : au nom d’une soi-disant “rationalisation” des coûts, les logiques organisationnelles aujourd’hui à l’œuvre au sein des entreprises, dans l’industrie comme dans les services, dans le secteur privé comme dans le public, contribuent à aggraver l’exploitation des corps et à dégrader de manière profonde la santé de nombreux travailleurs. Résumer la situation actuelle à une crise de l’emploi revient à dissimuler ces autres dérives de notre système productif. Mais, certaines des mesures récemment adoptées, comme plusieurs de celles qu’envisagent aujourd’hui le gouvernement ou les organisations patronales vont plus loin : un à un, les différents acteurs de la chaîne de prévention voient leurs prérogatives ou leur marge d’action se réduire et, avec elles, ce sont les instruments de la prévention des risques et de la protection des salariés qui se trouvent remis en cause.

La santé au prix 
de l'égalité

C'est maintenant une évidence que la vie en société détermine notre vécu : le stress, l’anxiété et la dépression  transforment les inégalités sociales en inégalités de santé

L'inégalité croissante des revenus " encourage des démarches plus égocentrées, souvent parfaitement antisociales, plus stressantes, qui risquent de favoriser un niveau de violence plus élevé et un moins bon état sanitaire de la population ".